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La première publication de 2020 - Avec Kasimir Malévitch

Mis à jour : mars 14

Par ce blog, je présente chaque mois soit une œuvre d’art, un objet d’art, un maître d’œuvre ou un courant artistique, de toutes époques - de la préhistoire à nos jours - et de tous lieux de notre Terre.

Pour ce mois de mars 2020, j’ai choisi un artiste russe du début du XXe siècle : Kasimir Malévitch, en mettant l’accent plus particulièrement sur ses œuvres qu’il nomme « suprématies », peintes en tout début du XXe siècle et qui feront dire à Picasso, saisit devant les tableaux de Malévitch : « On sent que ceci est lié non seulement à la peinture et au sort de l’art, mais au sort de toute la destinée cosmique ».


Je me souviens que ce fut une réelle joie de découvrir les écrits et les peintures de cet artiste qui a marqué l’histoire de l’art du début du XXe siècle, puis redécouvert dans les années 1970 après des décennies de censures.





Kasimir Malévitch est né à Kiev en Russie Impériale en 1879, d’une famille d’origine polonaise. Son père dirige une industrie de l’homme d’affaire Nicolas Terechtchenko. Dès l’âge de 10 ans, Malévitch cultive des dons artistiques, puis fréquente dès 1895 l’école de peinture de Kiev où Il découvre l’art de l’icône. Avec sa famille, il s’installe à Moscou en 1904 où il travaille comme dessinateur industriel.


Deux grands collectionneurs russes constituent à partir de 1906, et presque d’un seul coup, une fabuleuse collection d’art où l’on pouvait voir en Russie plus de 400 tableaux, pour la plupart des chefs d’œuvres, allant des impressionnistes à Picasso. De ce fait, les premières peintures de Malévitch sont influencées par l’impressionnisme, le fauvisme, le cubisme, le futurisme ; L’on peut y voir déjà une grande force qui fait déborder la forme et une tendance aux formes géométriques essentielles. En 1912, Malévitch est invité par Kandinsky - peintre russe, en lien avec Gurdjieff et auteur du livre « Du spirituel dans l’art -, à participer à l’exposition « Der Blaue Reiter » (Le cavalier bleu), à Munich.


Mais c’est surtout à partir de la découverte du premier ouvrage d’Ouspensky : « Tertium Organum » que Malévitch, profondément marqué par cet ouvrage, crée des œuvres d’envergure. Son art s’imprègne d’une dimension plus spirituelle. Il expose en Russie en 1915 des œuvres qu’il appelle « suprématies » ; elles se caractérisent à la fois par l’impermanence et le permanent, par une géométrie dans l’espace : des formes essentielles en mouvement dans un espace infini, des couleurs pleines de vie, des plans entrecroisés, des formes qui se lancent dans plusieurs directions ou aspirées par un vent cosmique. Il expose aussi un carré noir parfait sur fond blanc comme une libération de la tutelle de l’objet en art. Il publie en 1915 le manuscrit « Le suprématisme ou le monde sans objet ».


Il expose en 1919 une peinture qui fera date dans l’histoire de l’art : un carré blanc sur fond blanc, On connaît déjà la peinture monochrome, par exemple parmi les plus célèbres : les fonds or des Icones ou de Cimabue, au Moyen-Âge, et les fonds bleus de Giotto au tout début de la Renaissance Italienne. Ces fonds de couleur appellent l’infini, l’absolu. Comme l’écrit R. Steiner dans son livre « Nature des Couleurs » : « En vivant intérieurement la couleur, nous dépassons vraiment les limites de notre propre forme et accédons à l’union avec la vie cosmique. La couleur est l’âme de la nature, et lorsque nous vivons intérieurement ce qu’elle est, nous participons de cette âme ». Malévitch ose un carré blanc sur fond blanc ! lumière pure.


A partir de 1917, comme beaucoup d’artistes, il s’enthousiasme pour la révolution Russe et il est appelé à enseigner à l’Académie d’Art de Moscou. En 1919, il est invité par Chagall à enseigner à l’Ecole artistique de Vitebsk où il fonde avec lui la première école d’art moderne dont l’objectif est de « revêtir la terre d’une forme et d’un sens nouveau ».

En 1920, Malévitch se rapproche du Bauhaus fondé à Berlin en 1919. Une grande rétrospective de ses peintures est organisée à Moscou avec plus de 150 tableaux. C’est à cette époque qu’il oriente ses recherches vers l’architecture suprématiste et pour ces recherches un poste lui est accordé à l’institut artistique de Léningrad.





Kandinsky revenu en Russie, enseigne à l’université de Moscou en 1920 et repart en Allemagne en 1921. Chagall quitte aussi la Russie pour l’Allemagne en 1922.

En 1927, au cours d’un voyage, Malévitch pressent son avenir dans une Union Soviétique qui instaure de plus en plus un art unique de propagande : « le réalisme socialiste ». Il laissera en Allemagne, au Bauhaus, de nombreux tableaux et un manuscrit publié en 1915 qui sera republié par le Bauhaus.

En 1929 le pouvoir soviétique disqualifie son art, il est attaqué par la presse et perd ses fonctions officielles, il est emprisonné et même torturé, contraint à renier son art. Son œuvre suprématiste sera reléguée, inaccessible, dans les réserves du Musée de Léningrad.


Dans les années 1933, le Bauhaus est fermé par le nazisme qui le qualifie d’école d’art dégénéré. En 1933 en Union Soviétique, Malévitch peint, malgré lui, sans aucun enthousiasme la seule peinture admise en union soviétique : « le réalisme soviétique ». Il décède quelques années plus tard en 1935 d’un cancer à l’âge de 56 ans. Même si les autorités lui décernent des funérailles officielles, son art est passé sous silence. Ce qui est émouvant c’est que Malevitch a pris soin de faire auparavant ce que l’on appelle aujourd’hui de l’art-action, en construisant lui-même son cercueil en une sculpture suprématiste et avec des motifs d’art suprématiste, art qui a fait de lui un des maîtres de l’art abstrait.

La reconnaissance de son art intervient à nouveau à partir des années 1970 avec de nombreuses rétrospectives à travers le monde et particulièrement une très grande à New York.



Fraternellement, Louise d’Auxiron



Bibliographie : Malévitch, Jean-Claude Marcadé, Editions Hazan, 1990



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